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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 16:44
« Je veux stimuler l’imagination de ce qui auront à préparer la construction de notre monde future »
Constant, Conférence à l’association d’étudiants de l’Académie royale de Copenhague, 12 mars 1964.

Je ne reviendrai pas ici sur les deux conceptions métaphysique et physique que sont les lieux naturels des corps graves pour Aristote (Topoi) et les champs dynamiques pour Maxwell, celles-ci reflètant deux points de vue différents sur un même problème physique, Maxwell dépassant le sérieux et la gravité d'Aristote, par l'interaction des corps au travers du magnétisme. Restons en donc à un cadavre-exquis d'architexture. Il y a toujours eu deux conceptions du lieu alors il serait dommage d'obscursir la deuxième par les travers identaire et réactionnaire de la première.

Deux conceptions du lieu : lieu-mémoire et lieu-mouvement.
Sigfried Giedon, théoricien et historien de l’architecture moderne, donne à l’art « le but de réduire la "fracture entre pensée et sentiment" issue du cogito de Descartes » (1). De là, on peut définir plus précisément l’architecture comme un art du lieu (Renzo Piano), de l’espace-affect (Rem Koolhaas) ou encore un art des ambiances (Constant). Mais déjà nous devons signaler qu’il existe deux conceptions très différentes du lieu. Cette différence entre ces deux conceptions du lieu est la même qui existe entre une philosophie transcendantale qui repose sur la coupure entre intérieur et extérieur (le Moi et le Monde) et une pensée plus émergente qui repose sur la fêlure entre le Dedans et le Dehors (le différence le virtuel et l’actuel) ou mieux encore sur la brèche qui existe entre l'impasse de la mémoire et l'opportunité de la rencontre (excès du dynamique sur le pathétique).

La première de ces conceptions accompagne le concept de lieu-mémoire et la seconde intensifie le concept de lieu-mouvement. La première conception, propre à Husserl et Heidegger pose comme déterminant l’identité qu’est le genius loci (2) : le lieu nous est donc connu a priori. De cette identité essentielle du lieu découle la relation intérieur-extérieur (3) . Dans cette conception, le lieu possède cinq modalités (...) et trois aspects de sa structure identitaire (Mémoire, orientation, identification) : « la mémoire joue un rôle essentiel dans l’utilisation pleine et entière du lieu » (4) . Cette conception du lieu implique aussi qu’il soit donné a priori (5). Ainsi conçu le lieu est retrait ou isolement (6) et non relais (7) ou passage comme nous allons le voir pour le lieu-mouvement.
Tout en reprenant la thématique de l’architecture comme art du lieu à Norberg-Sculz, élève de S. Giedion, nous lui donnons un autre sens en n’insistant non sur la « perte du lieu » comme Heidegger, mais sur l’affirmation d’un espace intensif. Comme Norberg-Schulz nous pensons que c’est à travers un art du lieu, l’architecture par conséquent, qu’un bâtiment acquiert un sens, mais ce sens trouve sa source nullement dans la mémoire mais dans l’élan vital et créateur. En effet pour réduire la fracture entre pensée et sentiment il ne s’agit pas de revenir aux origines mais de libérer des intensités, de les rendre plus intenses tout en affirmant des lieux. L’architecture est bien l’art qui crée des lieux ou espaces-affects dans le double registre de la pensée et du sentiment. Pensons à la phrase de Deleuze : l’agencement du Désir qui distribue ses intensités « est tout cela : nécessairement un Lieu, nécessairement un Plan, nécessairement un Collectif » (8 ).

__________________
(1) Christian Nordert-Schulz – théoricien de l’architecture -, L'Art du lieu (1994), Paris, Le moniteur, 1997, p. 16 ; noté NsAL_16.
(2) NsAL_55 .
(3) NsAL_43.
(4) NsAL_47. La mémoire en tant que connaissance ou reconnaissance est le présupposé à l’orientation mais aussi le présupposé à l‘identification d’un lieu. Mais on aborde là que la dimension prétendument immuable du lieu.
(5) NsAL_55 : « le fait que la vie « ait lieu » implique que le lieu soit donné a priori ».
(6) NsAL_44.
(7) Petite parenthèse au japon le terme gare « eki », exemple-type de lieu-mouvement, signifie aussi relais, cf. Anales de la Recherche Urbanie n°71. Parlant de la gare d’Osaka, un architecte dit ainsi que l’espace public y est défini « par une scénographie du lieu plus qu’à travers une forme architecturale construite » in Isaac Joseph, La ville sans qualité, 1998, p. 122.
(8 ) Deleuze et Guattari, Mille-Plateaux, éd. de Minuit, p. 200, noté DzMP. L’agencement du Désir qu’est le CsO a besoin d’un Lieu, un spatium intensif pour distribuer ses intensités, DzMP_189.
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